Une nuit à l'Opéra

Opéra national de Paris

Une nuit à l'Opéra

Lorsque la foule enfin eut quitté les salons,
Le silence étendit ses lentes floraisons.
Les marbres assoupis sous la lumière blonde
Semblaient garder en eux le souvenir du monde.

Je montais l'escalier désert et souverain,
Comme on entre en un temple au cœur du genre humain.
Chaque rampe semblait raconter une histoire,
Chaque colonne encore habitée de mémoire.

La salle reposait dans son écrin de feu,
Immense cathédrale offerte à peu de yeux.
Les fauteuils alignés dans leur rouge silence
Attendaient le retour d'une future danse.

J'étais seul sur la scène où tant de pas fameux
Ont traversé le temps sous les regards heureux.
Devant moi se levait la mer rouge des loges,
Océan suspendu sous les ors qui le logent.

Nul orchestre pourtant ne faisait vibrer l'air,
Mais la musique encore y flottait tout entière.
Elle venait de loin, des siècles de présence,
Des artistes partis laissant leur résonance.

Au-dessus du plateau, parmi l'ombre et l'acier,
Les cintres déployaient leur mystérieux métier.
Je regardais dormir les décors invisibles,
Machineries du rêve aux pouvoirs indicibles.

Alors je compris mieux ce miracle discret :
Les lieux ne meurent pas lorsque le jour se tait.
Ils demeurent habités d'émotions anciennes,
De regards, de soupirs, de joies et de peines.

Et lorsque je quittai ce palais de lumière,
L'aube naissait déjà derrière les verrières.
Mais je gardais en moi, comme un trésor offert,
Le silence enchanté d'un opéra désert.

 

 

 

Panoramiques de Christophe Glaudel

Une nuit à l'Opéra 1

Je suis danseur et vous montre ce que je vois

Une nuit à l'Opéra 2

Je suis visiteur et vous montre ce que  je vois

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